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Résumé

En 2019, dans le cadre de ses travaux sur l’équité, la diversité et l’inclusion, Ingénieurs Canada a approuvé la sous-stratégie de l’impératif opérationnel 9 sur l’accès des Autochtones au génie. Cette sous-stratégie comprend un objectif de collecte de données sur les étudiants en génie et les ingénieurs autochtones au Canada. Pour atteindre cet objectif, Ingénieurs Canada a collaboré avec Big River Analytics afin de concevoir et de mener une enquête auprès des membres de trois organismes de réglementation, à savoir Engineers Geoscientists Manitoba, Engineers and Geoscientists BC et l’Association of Professional Engineers and Geoscientists of Saskatchewan (APEGS), qui s’étaient portés volontaires pour participer à ce projet pilote de recherche. L’enquête a été conçue pour explorer les caractéristiques et le vécu des ingénieurs autochtones des trois provinces, depuis leurs années de formation, c’est-à-dire leur éducation au sens large et leur scolarité, jusqu’à leur vie professionnelle. 

Le projet, comme le rapport qui en découle, a profité des conseils du Comité consultatif autochtone d’Ingénieurs Canada, et s’appuie sur un rapport antérieur analysant des données secondaires, intitulé « Autochtones en génie au Canada. Analyse des données secondaires pour appuyer la sous-stratégie de l’impératif opérationnel 9 d’Ingénieurs Canada : Accès des Autochtones au génie » (2020).

Tout d’abord, afin de comprendre les expériences professionnelles des ingénieurs autochtones, nous avons entrepris une analyse de régression pour cerner les écarts systémiques entre le salaire des ingénieurs autochtones et des non autochtones. En tenant compte d’un certain nombre de facteurs démographiques, nous avons constaté que le salaire moyen des ingénieurs autochtones interrogés est inférieur de 7 % à celui des ingénieurs non autochtones. Cela suppose l’existence d’un écart salarial. Lorsque nous incluons le genre dans l’analyse de régression, nous constatons que l’écart salarial entre les ingénieurs autochtones et non autochtones est plus important pour les ingénieurs qui ne sont pas des hommes cisgenres. En plus d’analyser l’écart salarial, nous comparons la répartition actuelle des ingénieurs autochtones et non autochtones dans les postes de direction ou de gestion. Nous constatons que les ingénieurs non autochtones sont plus fréquemment représentés dans les postes à haute responsabilité. Lorsqu’on les interroge plus précisément sur les difficultés qu’ils doivent surmonter, les ingénieurs autochtones mentionnent que, dans leur vie professionnelle, la faible représentation d’Autochtones au sein des effectifs, en particulier de femmes autochtones, représente un défi. 

Pour ce qui est du vécu des ingénieurs autochtones pendant leurs études universitaires, les répondants ont le plus souvent signalé avoir eu des difficultés financières (75 %) et souffert de solitude ou d’isolement (70 %). Au chapitre de l’aide utile qui leur a été apportée pendant leurs études postsecondaires, les ingénieurs autochtones interrogés ont mentionné l’aide financière, le tutorat et le soutien scolaire. Notons que tous les ingénieurs autochtones qui ont participé à un programme d’accès au génie lorsqu’ils étaient étudiants ont fait l’éloge de la qualité du programme - pour beaucoup, ce programme a eu une incidence marquante et positive sur leur parcours pour devenir ingénieur. Enfin, les réponses à l’enquête montrent que le baccalauréat est le plus haut niveau d’études obtenu par 95 % des ingénieurs autochtones interrogés. 

Enfin, en remontant le temps jusqu’aux années précédant les études postsecondaires, nous comprenons que, en tout, 45 % des ingénieurs autochtones interrogés dans le cadre de l’enquête considèrent que le principal obstacle à la poursuite d’études en mathématiques et en sciences au secondaire reste la discrimination. Par la suite, les répondants ont fait remarquer que les programmes de sensibilisation aux sciences, à la technologie, à l’ingénierie et aux mathématiques (STIM) leur auraient permis de poursuivre plus facilement leurs études en génie. Les ingénieurs autochtones ont souligné que le fait d’avoir un modèle positif, comme un membre de la famille, un mentor ou un enseignant qui les a encouragés à poursuivre des études en génie, a joué un rôle déterminant dans leur cheminement. Plus précisément, 29 % des ingénieurs autochtones interrogés ont déclaré que s’ils avaient décidé de faire des études en génie, c’était essentiellement parce qu’un enseignant leur avait recommandé de le faire.

À la lumière de ces résultats et des réponses à l’enquête qualitative menée auprès des ingénieurs autochtones, nous explorons comment favoriser une plus grande inclusion des Autochtones au sein de la profession, améliorer les soutiens et réduire les obstacles auxquels se heurtent les ingénieurs autochtones pendant leurs années de formation et leurs études postsecondaires. Ces considérations appartiennent à l’un ou l’autre des domaines d’intervention suivants :

  1. La recherche, y compris le soutien à la recherche sur les obstacles à l’obtention du permis d’exercice, les obstacles à l’emploi et les obstacles à l’éducation.  
  2. La formation, notamment les efforts visant à faciliter l’apprentissage culturel, la formation à la lutte contre le racisme à l’endroit des Autochtones et les changements de politique sur le terrain et dans les espaces universitaires.
  3. Le réseautage, ou plus précisément, veiller à ce que les possibilités de mentorat et de réseautage pour les ingénieurs autochtones soient largement disponibles et accessibles.  
  4. La programmation, par exemple en offrant un soutien financier plus important aux étudiants autochtones, en communiquant largement sur l’efficacité des programmes de transition et des programmes d’accès au génie pour les Autochtones, et en offrant des programmes de tutorat au niveau secondaire et postsecondaire.