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Quel rôle les ingénieurs peuvent-ils jouer pour contribuer à l’état de préparation et à la réponse en cas de pandémie?

2020.03.26

Alors qu’elle se répand à travers le monde, la pandémie de COVID-19 surcharge les systèmes de santé, crée des pénuries d’équipements médicaux et bouleverse la vie quotidienne des gens – confinement et distanciation sociale, écoles fermées, et entreprises et organisations qui demandent à leurs employés de faire du télétravail.

Les professionnels de la santé sont en première ligne dans la lutte contre la COVID-19 puisqu’ils prennent soin des patients et travaillent à la création d'un vaccin. Dans cette situation sans précédent, d'autres professionnels se demandent ce qu'ils peuvent faire pour aider la société à traverser cette pandémie.

La semaine dernière, Marisa Sterling, présidente élue de Professional Engineers Ontario et vice-doyenne et directrice, Diversité, Inclusion et Professionnalisme à la Faculté des sciences appliquées et de génie de l’Université de Toronto, a posé cette même question sur LinkedIn à ses collègues ingénieurs.

« Quand je pense aux professions qui existent au Canada, je constate qu’elles ont toutes un rôle à jouer, et qu’elles sont probablement plus efficaces lorsqu’elles travaillent de concert avec  d’autres professions, explique-t-elle. Je voulais donc savoir ce que les ingénieurs font durant cette période. »

Sa publication a suscité une discussion entre ingénieurs à propos des nombreuses façons dont la profession peut  être mise à contribution durant cette pandémie – qu’il s’agisse de fabriquer du matériel pour les travailleurs de la santé qui sont en première ligne ou d’assurer le maintien des services essentiels pour les Canadiens.

Produire des écrans faciaux et des respirateurs

Compte tenu du large éventail de disciplines du génie, on trouve de multiples exemples de la façon dont des recherches menées par des ingénieurs peuvent aider durant une pandémie. En voici un : Andrew Trivett, du programme Sustainable Design Engineering, et ses collègues de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, mènent des recherches en vue d’adapter un appareil portatif, tenu à la main, pour détecter si une personne est porteuse du coronavirus qui cause la COVID-19.

Dionne Aleman, professeure de génie à l’Université de Toronto, a modélisé la propagation de la pandémie.

Et d’autres ingénieurs et étudiants en génie dans de nombreux établissements d’enseignement supérieur du Canada et de partout dans le monde se mobilisent pour répondre aux appels urgents des professionnels de santé qui ont besoin de davantage de respirateurs, de masques, d’écrans faciaux et d’autres équipements de protection.

Une communauté virtuelle, appelée HelpfulEngineering.org, a rapidement fait son apparition pour partager des idées et des conceptions qui peuvent être transformées en prototypes n’importe où dans le monde où il existe une demande. Des laboratoires, des espaces de conception et des ateliers universitaires et collégiaux partout au Canada trouvent rapidement des façons d’utiliser ces conceptions « open source » pour produire ce qui est nécessaire.

Par exemple, l’atelier Makerspace Richard-L’Abbé de l’Université d’Ottawa est l’une des nombreuses autres installations de ce genre dans des établissements d’enseignement supérieur du Canada qui produisent actuellement des équipements de protection pour les travailleurs de la santé et d’autres intervenants.

« Nous nous sentions comme tout le monde se sent actuellement – nous ne savions pas tout à fait quoi faire, indique Hanan Anis, professeure, titulaire de la Chaire en génie entrepreneurial de la conception du CRSNG à l’Université d’Ottawa, et créatrice du Makerspace. Nous avons regardé l’Italie et vu des médecins sans écrans faciaux, et ma première pensée a été : « nous sommes capables d’en faire ».

Elle et ses collègues du Makerspace sont allés sur Internet, ont trouvé un modèle d’écran facial, l’ont mis au point et, quelques heures plus tard, ont commencé à en imprimer. Ils produisent maintenant une centaine de visières par jour. Depuis qu’ils ont annoncé sur les réseaux sociaux que des écrans faciaux seraient disponibles, les courriels de professionnels de la santé et d’autres intervenants qui ont besoin de cet équipement ne cessent d’affluer, indique Mme Anis. Maintenant, elle et ses collègues examinent un prototype de respirateur, sachant que cet appareil pourrait être nécessaire très bientôt au cas où  le système médical serait dépassé par l’afflux de patients, comme ce fut le cas dans d’autres pays.

« Nous essayons de prendre un peu d’avance sur la courbe, explique Hanan Anis. Nous n’essayons pas de faire de l’argent ni de vendre ces appareils. Au lieu de rester impuissants, nous essayons de faire quelque chose qui pourrait s'avérer utile pour quelqu'un. »

Permettre le télétravail et maintenir les services essentiels

Pendant que les professionnels de la santé soignent les personnes infectées par la COVID-19, le reste du pays a la responsabilité de ralentir la propagation du virus en pratiquant la distanciation sociale – ce qui signifie que les écoles sont fermées et que de nombreuses entreprises et organisations jugées non essentielles ont indiqué à leurs employés de travailler de chez eux s’ils le peuvent. Et de nombreux ingénieurs continuent de faire en sorte que des services essentiels soient maintenus.

« Nous avons toujours besoin de systèmes d’assainissement et d’eau potable, et nous avons besoin d’électricité pour pouvoir aller sur Internet et rester en contact avec nos parents et amis », indique Marisa Sterling, en réfléchissant aux commentaires reçus à la suite de sa publication sur LinkedIn. Les ingénieurs jouent un rôle clé dans un grand nombre de ces infrastructures, explique-t-elle.

Par exemple, des ingénieurs en informatique, en logiciel, en électricité et spécialisés dans d’autres disciplines travaillent pour faire en sorte que les réseaux de télécommunications soient capables de soutenir l’augmentation massive du nombre de Canadiens qui font du télétravail depuis quelques semaines.

« Tout le monde essaie de faire du télétravail et exploite donc pleinement Internet et l’infrastructure en place, indique Chris Zinck, président de Zinck Computer Group Limited à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, et également membre du conseil d’Ingénieurs Canada. « Ce sont des ingénieurs qui ont construit cela. »

L’entreprise de Chris Zinck fournit aux petites entreprises des services de TI allant des logiciels personnalisés à l’installation de postes de travail et de services de réseau. Il dit que ses collègues et lui travaillent sans relâche depuis que leurs clients ont commencé plus tôt ce mois-ci à demander à leurs employés de faire du télétravail, en équipant ces entreprises de l’infrastructure nécessaire pour tripler, voire parfois quadrupler, le nombre de personnes qui travaillent à distance.

De même, il est fort probable que les ingénieurs en infrastructure de communications travaillent aussi à l’augmentation des capacités à l’échelle du pays, dit-il.

« Cela permet de faire tourner l’économie. Imaginez si les gens étaient tous chez eux et ne travaillaient pas! Cette infrastructure est une bouée de sauvetage qui permet aux gens de continuer. »

Protéger le public

Marisa Sterling est convaincue que les ingénieurs auront également un rôle à jouer à plus long terme, une fois que la COVID-19 aura été jugulée. Les ingénieurs et d’autres professionnels vont tirer des enseignements de cette pandémie et se demander comment mieux se préparer advenant la survenue d’une autre épidémie virale.

« Comment se doter d’objets matériels, comme des boutons de porte et autres, qui sont résistants aux virus, se demande-t-elle. Comment construire une communauté sociale qui demeure sociale tout en étant capable de se gérer pendant une pandémie comme celle-ci? Comment outiller la société pour mieux prévenir ce genre de pandémie? Y a-t-il d’autres considérations en matière de conception que les ingénieurs doivent prendre en compte afin de protéger le bien-être du public? » 

En fin de compte, le rôle des ingénieurs pendant une pandémie est le même qu’à tout autre moment, comme le stipule leur obligation professionnelle : comment protéger au mieux le public. Différents types d’ingénieurs possèdent des compétences différentes, et protégeront le public de différentes façons, indique Hanan Anis.

« Nous savons très bien que ce genre de crise définira notre génération, conclut-elle. Nous devons agir. Les ingénieurs construisent des choses. Nous disons à nos étudiants que notre rôle est de servir la société. Que nous produisions des respirateurs ou des écrans faciaux, c’est la petite contribution que nous pouvons faire pour aider. Je suis certaine que d’autres personnes peuvent faire beaucoup de choses. Nous devons tous examiner nos compétences et déterminer ce que nous pouvons faire. »