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Un programme novateur de l’Université de Calgary offre un accès ciblé à la formation en génie

2020.04.23

Le Bioengineering Summer Institute (BSI) offert par la Schulich School of Engineering de l’Université de Calgary est un nouveau programme conçu expressément pour les étudiants qui se passionnent pour la biologie et la bioingénierie. Il offre aussi aux étudiants qui ont suivi des cours de biologie de niveau secondaire la possibilité d’entrer en première année de génie. La professeure Qiao Sun, championne 30 en 30 de l’Université de Calgary et membre du Groupe de travail Études postsecondaires, a joué un rôle clé dans la création du programme. Elle nous a récemment fait part de ses réflexions et observations sur le BSI.

Pouvez-vous nous expliquer comment les préalables en biologie fonctionnent et pourquoi ils ont été ajoutés?  

Au Canada, il est généralement reconnu que la capacité de parvenir à un équilibre des genres dans les classes de génie est conditionnée par la disparité des genres dans les cours de physique de niveau secondaire. Les stéréotypes sexuels jouent un rôle dans le choix des cours liés aux STIM, mais il existe aussi des obstacles structurels. Par exemple, dans les communautés autochtones, les écoles sont moins susceptibles d’offrir des cours de physique à cause du manque de ressources. De nombreux étudiants qui suivent le programme de baccalauréat international ne peuvent choisir que deux cours de sciences en raison de contraintes d’horaires. Nous poursuivons nos efforts de rayonnement afin d’accroître le nombre d’élèves qui suivent des cours de physique, mais le programme de cours préalables en biologie est conçu expressément pour offrir une voie d’accès parallèle à la formation en génie pour les élèves performants mais qui n’ont pas suivi tous les cours de physique requis. Nous évaluons leurs qualifications en fonction des cours de biologie qu’ils ont suivis, plutôt qu’en fonction des cours de physique. Pour être admis à notre programme de première année en génie, les élèves doivent suivre avec succès le Bioengineering Summer Institute (BSI), un programme d’été de quatre semaines qui permet aux étudiants d’acquérir des connaissances de base en physique en tablant sur leurs solides connaissances en biologie. Le programme BSI vise à assurer la réussite des étudiants au cours des premières années de notre programme de génie, ce qui constitue le principe directeur de la conception des contenus, des activités et de l’évaluation. Ce programme nous donne accès à un plus grand bassin de talents, avec la promesse d’en arriver à un équilibre des genres et d’accroître la diversité en génie.

Comment croyez-vous que ce programme contribuera à préparer les diplômés en génie pour l’avenir?

Nous espérons que cette voie d’accès parallèle et nos efforts de rayonnement contribueront à accroître la diversité au sein de la communauté étudiante de premier cycle, ce qui pourrait mener à un état stable reflétant la composition de la société canadienne. Ce nouveau paysage montrera clairement aux élèves de la maternelle à la 12e année que le génie est aussi accessible que d’autres disciplines. La diversité de la population étudiante favorisera la compréhension et le dialogue entre des étudiants de milieux et de convictions diversifiés. Cela encouragera des politiques et des structures améliorées et plus inclusives sur les campus universitaires. Et cela contribuera à la formation de diplômés en ingénierie bien formés, compétents non seulement sur le plan technique, mais aussi aptes à relever des défis de société.

Avez-vous rencontré des obstacles dans la mise en œuvre de ce programme? Le cas échéant, pourquoi, selon vous?

Un des obstacles majeurs est lié à une idée fausse ou une opinion erronée. Certaines personnes ont tendance à croire que le fait de suivre des cours de physique est le signe de fortes aptitudes scolaires et sont donc sceptiques quant aux aptitudes des étudiants qui passent par la nouvelle voie d'admission. Nous croyons cependant qu’en continuant à mettre en oeuvre cette voie parallèle, la réussite des étudiants permettra de corriger ce préjugé. D’ailleurs, les résultats scolaires de la première cohorte de 2019 sont comparables à ceux de leurs pairs.

Quel est l’impact à court terme? Qu’espérez-vous réaliser d’ici deux à cinq ans? 

Pour la première année de la cohorte, nous avons réalisé un projet de recherche qui porte sur l’expérience des étudiants et qui cherche à comprendre comment le programme les a aidés à développer leur identité d’ingénieur. Par exemple, nous avons constaté que le programme aidait les étudiants à agir comme des ingénieurs en développant leurs compétences en génie et en leur permettant d’explorer des carrières futures. Nous avons aussi constaté qu’ils se sentaient reconnus comme des ingénieurs par les autres, qu’ils étaient fiers et se percevaient comme des ingénieurs. Cette recherche a révélé que le fait d’avoir un fort sentiment d’identité d’ingénieur est particulièrement important pour les étudiants marginalisés. Il est donc prometteur de voir que, grâce au programme, ils ont réussi à construire leur identité d’ingénieurs.

En 2019, nous avons enregistré une augmentation de 4 % du ratio d’étudiantes de première année. Bien que cela soit attribuable à de nombreux éléments, dont la nouvelle voie d'admission, nous espérons voir une augmentation soutenue de la diversité dans nos cohortes de première année au cours des années à venir.

Qu’est-ce que d’autres programmes peuvent apprendre du BSI? 

En poursuivant la mise en œuvre du programme et en continuant à le peaufiner, nous espérons démontrer son impact soutenu sur l’augmentation de la présence des groupes sous-représentés dans la formation en génie. Nous espérons collaborer avec d’autres écoles afin d’éliminer d’autres obstacles. Par exemple, si d’autres écoles de génie offraient des programmes semblables, les étudiants pourraient suivre des cours équivalant au BSI dans leurs écoles locales avant d’entrer en première année de génie dans une autre école. D’autres écoles peuvent aussi concevoir leurs propres voies d’accès parallèle, en tenant compte des besoins de leurs propres programmes.