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Une journée pour se souvenir, mais aussi pour agir

2017.12.06

Stephanie Price, P.Eng., CAE, chef de la direction par intérim

Chaque année, le 6 décembre, je repense à la tragédie de 1989. J’étais alors à l‘école secondaire et j’envisageais de faire des études en génie. J’avais visité des universités au cours de l’automne et il ne me restait plus qu’à choisir où faire ma demande d’admission.

Je me revois, ce 6 décembre, assise dans le salon avec mes parents, en train de regarder le bulletin de nouvelles pour en apprendre un peu plus sur la tragédie qui venait de se dérouler à Polytechnique. Un homme était entré dans une salle de classe de génie mécanique, avait ordonné aux hommes de partir, puis avait commencé à tirer sur les femmes, se disant en guerre contre les féministes. Il a tué 14 femmes et a blessé 10 autres personnes, donc quatre hommes. La plupart des victimes étaient des étudiantes en génie.

Je me souviens qu’en plus de ressentir une immense tristesse pour les victimes et leur famille, j’essayais vainement de comprendre pourquoi quelqu’un pouvait commettre un acte aussi terrible. Comme j’avais choisi de faire des études en génie, cette tragédie me touchait de près et je ne comprenais pas pourquoi on pouvait s’en prendre à des personnes comme moi.

Vingt-huit ans plus tard, le 6 décembre continue d’être une journée de grande importance. C’est une journée pour honorer la mémoire des femmes qui ont perdu la vie, des femmes qui auraient pu faire partie de mes consoeurs ingénieures et qui auraient sans aucun doute contribué grandement à la profession et à la société.

C’est aussi une journée pour réfléchir à la façon dont notre profession a réagi aux événements du 6 décembre 1989.

Bon nombre de parties prenantes ont canalisé leur tristesse pour faire quelque chose de positif et ont ainsi pris les devants pour encourager les filles et les femmes à choisir des domaines techniques comme le génie et à y rester.  Citons par exemple La Fondation commémorative du génie canadien (FCGC), qui a été créée en 1990 par Claudette MacKay-Lassonde, P.Eng., et un groupe d’ingénieures soucieuses d’honorer la mémoire des 14 femmes tuées à l’École Polytechnique.  La FCGC offre chaque année des bourses d’études  et d’autres formes d’aide aux femmes qui font ou veulent faire des études en génie et Ingénieurs Canada est fier d’appuyer ses efforts à cet égard.

Le 6 décembre, c’est aussi une journée pour réfléchir au problème de la violence dans les établissements d’enseignement postsecondaire, surtout de la violence faite aux femmes, problème auquel nous sommes malheureusement encore confrontés aujourd’hui. La tuerie de Polytechnique est l’expression meurtrière de la misogynie enracinée d’un homme, misogynie dont les exemples abondent encore de nos jours. De fait, les cas de violence à l’égard des femmes font régulièrement la une de l’actualité. Au Canada, par exemple,  plus de 1,2 million d’épisodes de victimisation violente ont été déclarés par des femmes en 2014,  ce qui représente 56 pour cent de tous les incidents violents déclarés cette année-là, selon Statistique Canada. Et aujourd’hui, il suffit de penser aux nombreux scandales qui éclaboussent l’industrie cinématographique et le milieu politique pour se rendre compte que les attitudes et les comportements sexistes persistent bel et bien. Cette discrimination, ces préjugés et cette intolérance nous motivent – comme ce fut le cas après la tragédie de Polytechnique - à continuer de faire avancer la cause des femmes.

Les initiatives visant à améliorer la condition des femmes au sein de la profession d’ingénieur existaient avant 1989, mais les événements de cette année-là ont cristallisé nos efforts et fait valoir toute leur importance. Le 6 décembre 1989 demeure pour nous un moment où il faut se rappeler ce que c’est que d’être une femme dans le monde du génie ou dans tout autre domaine. Le 6 décembre, c’est l’occasion de réfléchir à ce que nous avons fait et au chemin que nous avons parcouru depuis 1989, et à ce qu’il faut faire de plus pour combattre cette forme de haine qui a conduit à la tuerie de Polytechnique.

J’espère que, ce faisant, nous honorerons la mémoire des 14 femmes qui, comme moi, voulaient simplement devenir ingénieures.