Laura Paul, P.Eng., titulaire d’un MBA et certifiée PMP, est une figure de proue dans le domaine du génie, a été récompensée par un prix national, et compte plus de 15 ans d’expérience dans les domaines de la conception et de la construction – depuis ses premiers pas en tant qu’ingénieure de terrain sur les chantiers jusqu’à la direction des opérations au sein d’une société d’ingénierie internationale. Sa carrière repose sur sa capacité à obtenir des résultats tout en dirigeant des équipes solides et centrées sur l’humain.
Aujourd'hui dirigeante, Équité et engagement chez Ingénieurs Canada, Laura collabore avec les employeurs du secteur du génie afin de renforcer la profession au moyen d’analyses comparatives des employeurs, de faire progresser des objectifs tels que l’initiative 30 en 30, et de mettre en avant l’intérêt de l’obtention du permis d’exercice en génie (Parcours vers l’Ingénierie).
Dans cette entrevue Dans les coulisses d’Ingénieurs Canada, Laura revient sur son parcours, sur le type de carrière que nous avons la possibilité de construire, et sur la manière dont cette vision façonne le travail qu’elle dirige aujourd’hui.
- Qu’est-ce qui vous a interpellée pour choisir une carrière en génie ?
J’ai grandi entourée par l’ingénierie. Mon grand-père était ingénieur civil dans les travaux publics, et j’ai vu à quel point il était fier de résoudre de vrais problèmes. Il était toujours en train de construire, de réparer, d’améliorer, et avait habituellement un projet en cours. Cette idée de mettre en pratique l’attention envers son entourage grâce à l’ingénierie m’a vraiment marquée.
Ma mère a une maîtrise en statistiques, donc les maths et la réflexion analytique ont toujours fait partie de notre quotidien aussi. J’étais naturellement attirée par la compréhension du fonctionnement des choses, mais ce qui m’a vraiment captivée, c’est l’impact.
Je me souviens avoir compris assez tôt que les jeux de Lego que je voulais, c’étaient les jeux de construction, ceux qui nous permettaient de réellement bâtir quelque chose. J’ai donc trouvé un moyen de modifier mon abonnement, et tout à coup, les jeux sont devenus bien plus intéressants.
Cette curiosité, ainsi que cette tendance à remettre en question les attentes et la façon dont nous avons toujours fait les choses, ne m’ont jamais quittée. L’ingénierie m’a semblé être un domaine où cette curiosité pouvait s’épanouir.
- Pourriez-vous nous parler de votre poste actuel de dirigeante, Équité et engagement chez Ingénieurs Canada et nous expliquer comment votre parcours vous a amenée à vous spécialiser dans ce domaine ?
Ma carrière m’a permis d’avoir une vision globale de l’écosystème de l’ingénierie. J’ai débuté dans le secteur de la construction, puis je me suis orientée vers la conception de bâtiments durables, avant de devenir consultante pour des clients fédéraux et, plus tard, diriger des opérations au sein d’organisations du génie.
Cette diversité d’expériences a façonné ma façon de penser. J’ai occupé de nombreux rôles, ce qui m’a permis d’observer de près les raisons pour lesquelles les projets et les équipes réussissent… et celles pour lesquelles les choses déraillent.
Dans tous ces rôles, il est apparu clairement que les résultats en génie ne dépendent pas uniquement de l’expertise technique. Ils sont fortement influencés par le leadership et les conditions de travail des ingénieur.e.s. J’ai commencé à prendre conscience que la culture du génie est un sujet qui mérite le même sérieux que nous accordons aux problèmes techniques.
C’est ce qui m’a amenée à Ingénieurs Canada. Dans le cadre de mes fonctions actuelles, je m’attache à améliorer ces conditions dans l’ensemble de la profession. Cela implique notamment le soutien des parcours menant à l’obtention du permis d’exercice, la collaboration avec les employeurs et la promotion d’initiatives nationales telles que l’initiative 30 en 30.
Fondamentalement, mon travail consiste à créer les conditions propices à une pratique du génie de qualité.
- Y a-t-il eu un moment dans votre carrière où vous avez pris conscience de l’importance des initiatives en matière d’équité et d’engagement dans le domaine du génie ?
Au cours des deux premières semaines de ma carrière d’ingénieure, je me souviens m’être retrouvée sur un chantier et avoir entendu : « Mais qu’est-ce qu’ELLE fait ici ? » Pris isolément, ce genre de moment était facile à ignorer. Mais au fil du temps, ces incidents se sont accumulés : on faisait fi de mon point de vue technique, on m’excluait des discussions ou des réseaux importants, on me prenait même pour une étudiante (alors que je dirigeais une équipe de consultants).
Pendant longtemps, j’ai pensé qu’il s’agissait peut-être d’expériences isolées. Mais dans mon travail, et après avoir entendu d’innombrables témoignages provenant d’autres personnes de la profession, il est malheureusement devenu évident que ce n’était pas le cas.
Ce phénomène est important, non seulement en raison de son impact sur les individus, mais aussi en raison de ce qu’il signifie pour le génie. Que se passe-t-il quand des points de vue font défaut ? Le risque augmente pour les décisions et les conceptions d’ingénierie. Que se passe-t-il quand les environnements d’ingénierie ne sont pas sûrs ou inclusifs pour certaines catégories de population ? Les esprits et les talents les plus brillants partent vers des opportunités plus attrayantes. Que se passe-t-il lorsque les gens perçoivent la culture du génie comme hostile ou lorsqu’ils ont été traités injustement ? La confiance du public et les idéaux de la profession en ce qui concerne une éthique élevée subissent des effets négatifs.
Je souhaite contribuer à bâtir une profession où chacun se sent libre de partager ses points de vue uniques, au sein de milieux qui attirent l’élite de l’élite, et au sein d’une profession réputée pour sa solide éthique et la confiance du public, en œuvrant pour résoudre les défis les plus urgents auxquels nous sommes confrontés au Canada et au-delà.
- À quelles initiatives travaillez-vous actuellement à Ingénieurs Canada ?
Mon travail actuel est axé sur trois domaines principaux :
- Premièrement, le parcours vers le permis d’exercice. Nous nous efforçons d’améliorer la clarté, l’accessibilité et l’accompagnement des ingénieurs qui passent du milieu universitaire à l’obtention de leur permis d’exercice. Le programme Parcours vers l’ingénierie est axé sur la démystification et la suppression des incertitudes concernant la valeur du permis d’exercice et la façon d’obtenir un titre professionnel. Cela comporte l’avancement de l’objectif « 30 en 30 », alors que nous en sommes à la dernière étape avant 2030.
- Deuxièmement, le soutien des employeurs. Nous développons actuellement le « Modèle d’excellence en génie pour les employeurs » afin d’aider les organisations à améliorer leur culture d’entreprise, leur processus décisionnel et leur rendement. Les organisations souhaitant participer au projet pilote de 2026 peuvent s’inscrire ICI.
- Troisièmement, les connaissances sur la culture nationale. Nous menons actuellement une enquête sur la culture et l’expérience en génie à l’échelle nationale afin de mieux comprendre ce qui fonctionne bien dans tout le pays, ainsi que les domaines dans lesquels une attention particulière permettrait d’obtenir un plus grand impact positif.
Dans l’ensemble, ce travail vise à mettre en place des systèmes de soutien plus solides pour les ingénieurs et les employeurs, dans le but ultime d’améliorer les résultats dans le domaine du génie.
- Pour ceux qui ne connaissent pas encore, qu’est-ce que l’initiative « 30 en 30 » et à quoi les participants à la prochaine conférence peuvent-ils s’attendre ?
L’objectif de l’initiative 30 en 30 est de faire passer à 30 % d’ici 2030 le pourcentage de nouvelles ingénieures titulaires de permis. Il s’agit d’un objectif clair et mesurable conçu pour susciter une mobilisation à l’échelle de la profession. À mesure que nous nous rapprochons de l’année 2030, nous devrons déployer des efforts soutenus et ciblés pour aider davantage de femmes diplômées en génie à obtenir leur permis d’exercice.
La conférence « 30 en 30 », organisée dans le cadre de la CCFSIMT en mai prochain, est le lieu où ce travail prend vie. Elle rassemble des employeurs, des organismes de réglementation et des professionnel.le.s afin de partager des stratégies concrètes, de tisser des liens et de concrétiser les idées. Pour les organisations confrontées à une pénurie de talents et à une complexité croissante, il s’agit d’une occasion unique de constituer une main-d’œuvre en génie plus solide et plus durable. C’est une occasion à ne pas manquer !
- D’après vous, quels ont été les changements les plus marquants que vous ayez observés pour les femmes dans le domaine du génie au cours des dernières années ?
Dans le cadre de mon projet personnel de recherche artistique, la série de portraits ⚡reEngineered⚡, j’ai eu l’occasion d’écouter directement les témoignages d’ingénieur.e.s de partout au Canada. Certaines histoires étaient difficiles à entendre. Beaucoup étaient porteuses d’espoir.
Voici les évolutions les plus encourageantes dont j’ai entendu parler :
- De plus en plus de femmes s’inscrivent dans des programmes universitaires de génie (certains programmes affichant une représentation féminine de plus de 30 à 50 %).
- La prochaine génération semble moins disposée à tolérer des environnements où elle ne peut pas s’épanouir pleinement. Elle est plus encline à s’exprimer et à militer pour le changement.
- Après la COVID, on observe une attention et une prise de conscience accrues concernant la flexibilité et le soutien aux parents, en particulier lors du retour au travail.
- Certaines femmes choisissent l’entrepreneuriat comme voie viable vers l’autonomie, la flexibilité et le respect.
- les progrès technologiques (comme l’IA) suscitent une prise de conscience accrue et une plus grande attention portée à des questions telles que l’éthique, ainsi qu’à notre rôle et à nos responsabilités en tant qu’ingénieurs.
- Quand vous pensez à l’avenir du génie au Canada, qu’est-ce qui vous rend le plus optimiste actuellement ?
À mesure que le génie continue d’évoluer, ce n’est plus seulement l’expertise technique qui fera la différence. Ce sera la manière dont nous collaborons, les normes éthiques que nous défendons et la façon dont nous veillons à faire émerger les meilleures idées issues d’équipes brillantes et diversifiées.
L’avenir du génie ne sera pas défini par les seules compétences techniques. Il sera défini par la qualité de nos décisions. Il existe une réelle occasion de définir clairement le génie non seulement par l’excellence technique, mais aussi par l’intégrité, la responsabilité et l’impact. Si nous y parvenons, si nous trouvons un moyen de créer des environnements où chacun peut s’épanouir et où les décisions sont prises avec à la fois rigueur scientifique et humanité, nous serons dans la meilleure position pour relever tous les défis à venir.