

Ayo Daniel Abiola, P.Eng, CDP, PQS, raconte que son désir de soutenir le développement durable dans le secteur de la construction vient à la fois du passé et de l'avenir.
« J'ai deux enfants, n'est-ce pas? C'est donc là que je commencerais, car ma propre motivation vient de l'héritage que j'ai reçu de mes parents, ne serait-ce qu'en considérant leur vie et les valeurs qu'ils enseignent. Et je me suis rendu compte que mes efforts ont des conséquences sur l'avenir de mes enfants. En veillant à ce qu'il y ait davantage de praticiens qui comprennent la durabilité, je crée des possibilités pour les constructeurs et les penseurs, et je construis un monde meilleur pour mes enfants et leur génération. »
M. Abiola est titulaire d'un diplôme d'études supérieures en génie mécanique, spécialisé dans les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation (CVC) et les services de construction. Il travaille actuellement comme consultant en coûts et en carbone pour les bâtiments et les infrastructures au bureau de Regina de Hanscomb Limited, en Saskatchewan.
Sa formation et sa carrière d'ingénieur en mécanique lui ont permis non seulement de comprendre en profondeur les incidences que les bâtiments peuvent avoir sur notre monde, mais aussi de vivre selon ses valeurs.
« Nous disposons de nombreuses technologies et possibilités pour améliorer les bâtiments; il nous suffit de les appliquer et d'investir dans celles-ci. J'étais convaincu que je devais faire ma part. »
Pourquoi le développement durable ?
M. Abiola est fasciné par les bâtiments : « Je les trouve indispensables et importants, et j'aime contribuer à les améliorer. » D'une manière ou d'une autre, toute sa carrière a tourné autour d’eux. Il a travaillé en tant que consultant, dans le milieu universitaire, les organisations à but non lucratif et de défense des droits, en tant que représentant d'un fabricant d'équipements de construction et en tant que chef de projet pour des entrepreneurs. Toutes ces expériences ont façonné son approche du génie.
« On apprend à penser différemment. On comprend et on apprécie ce qui compte : l'élément humain, une grande partie de la construction sociale autour des bâtiments. J'ai pu utiliser cela comme une force au sein même du génie, en étant ouvert à de nouvelles connaissances. »
Il a suivi de près les travaux de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de 2015 (COP21), ce qui lui a permis de mieux comprendre les changements climatiques causés par l'homme et cela l'a motivé à promouvoir des matériaux et des méthodes de construction durables. Il dit qu'il était réconfortant de se rendre compte qu'il pouvait faire partie de la solution, et non du problème.
« Bien sûr, nous continuerons à fournir la technologie nécessaire pour répondre aux besoins humains de base. La population augmente et continuera d'avoir besoin de bâtiments, elle continuera d'avoir besoin d'espaces. Mais pouvons-nous les rendre plus durables? »
La réponse, dit-il, est de considérer l'environnement bâti selon une approche systémique. Il enseigne ce concept clé de la pensée systémique aux professionnels et aux dirigeants inscrits à un cours de formation professionnelle de MIT (Massachusetts Institute of Technology).
« Nous ne cherchons pas à optimiser un aspect du développement ou de la technologie; nous essayons d'optimiser l'ensemble d'un système, au sens large, et nous examinons également tous les éléments humains autour du physique : les effets environnementaux, sociaux, et financiers ou économiques de ce que nous faisons. »
Aider les clients à construire de manière plus durable
Chez Hanscomb, M. Abiola conseille les clients qui souhaitent optimiser les matériaux utilisés dans un nouveau bâtiment, en particulier les systèmes mécaniques tels que les équipements de chauffage, de climatisation et de ventilation (CVC), la plomberie ou la protection contre les incendies, qui sont responsables de la plupart des émissions de gaz à effet de serre d'un bâtiment. Son objectif est d'aider les clients à choisir des options plus fiables, plus efficaces et plus durables.
« Il n'est pas rare que je fasse un rapport sur les coûts et que le client me dise : « Nous cherchons vraiment à maximiser le rendement environnemental de ce bâtiment; nous aimerions évaluer le coût des alternatives que nous pouvons utiliser pour nous rapprocher de cet objectif ». La plus grande réussite que je constate est celle de guider un client vers une solution durable. »
Selon M. Abiola, le coût initial est le principal obstacle à l'adoption d'une approche durable en matière de construction. Il essaie donc de montrer aux clients ce que sera le coût total de possession sur la durée de vie du bâtiment en utilisant des matériaux plus efficaces et plus durables.
« Si vous avez un service mécanique dans votre bâtiment qui consomme moins d'énergie, cela signifie qu'il est également plus durable et qu'il fonctionnera plus longtemps. Ainsi, sur 40 ou 50 ans, vous dépensez en réalité moins. Cela devient très, très intéressant. »
Les bâtiments durables commencent par une conception réfléchie et optimisée, qui réduit l'utilisation des matériaux, car ils seront toujours les plus grandes sources de carbone, tant par leur production que par leur transport jusqu'au chantier. Selon M. Abiola, l'approvisionnement local en matériaux réduit également l'empreinte carbone d'un nouveau bâtiment et offre de nombreux autres avantages, dont le soutien à l'économie locale.
« Le commerce mondial est utile pour obtenir des produits que nous ne pouvons pas fabriquer nous-mêmes ou que nous ne pouvons pas nous procurer, mais si nous sommes si dépendants de produits qui viennent de loin, nous ne rendons pas service à la planète... Au lieu d'importer des produits finis de l'étranger, s'ils sont fabriqués ici au Canada, cela signifie que les travailleurs locaux ont les compétences et les connaissances nécessaires pour continuer à les fabriquer ici. »
Des idées et des approches émergentes pour une construction durable
Une idée émergente que M. Abiola aime beaucoup n'implique pas du tout la construction, mais plutôt la déconstruction. Il explique que les bâtiments les plus durables peuvent être complètement et soigneusement démontés à la fin de leur cycle de vie, afin que leurs éléments constitutifs ne finissent pas comme déchets industriels dans une décharge, libérant des gaz à effet de serre nocifs.
« Nous ne voulons pas de bâtiments qu’il faudra complètement démolir à l'avenir. Nous pouvons en fait avoir des bâtiments construits, qui pourront être démontés pièce par pièce, et dont chaque partie pourra être réutilisée. Aujourd'hui, on peut le faire avec chaque nouvelle construction, de sorte que dans 50 ans, les personnes qui chercheront à mettre ce bâtiment hors service sauront exactement quoi en faire. »
Cette approche nécessite une planification minutieuse et doit commencer dès le début du processus de conception, dès le concept initial, explique M. Abiola.
« Ce n'est pas ce à quoi l’on pense lors de la mise en chantier. C'est quelque chose qui vient à l'esprit au moment où l'on pense avoir un bâtiment. Cela détermine la façon dont on aborde les consultants, l’équipe de conception, l’équipe de construction et les artisans. »
M. Abiola recommande aussi une autre approche durable : rénover les bâtiments anciens plutôt que de les démolir pour en construire de nouveaux. L'utilisation de nouveaux matériaux crée davantage d'émissions et extrait plus de ressources de la planète, tandis que la rénovation utilise beaucoup moins de matériaux et émet moins de carbone.
« À l'heure actuelle, le monde dispose de plus de 2,5 billions de mètres carrés d'espace qui seront rénovés au cours des 30 à 40 prochaines années, à l'échelle mondiale. Si nous finissons par tout démolir, au lieu de les rénover, nous allons fondamentalement à l’encontre de notre objectif qui est un monde sans carbone, car nous enverrons des tonnes de matériaux à la décharge et l'extraction des ressources explosera. »
Développer le secteur de la durabilité par la collaboration et la formation
M. Abiola passe également beaucoup de temps à collaborer avec d'autres personnes par l'intermédiaire d'organisations telles que l'American Society of Heating, Refrigerating and Air-Conditioning Engineers (ASHRAE), une association mondiale d'ingénieurs en CVC. L'ASHRAE a investi massivement dans des ressources éducatives qui contribuent à la construction de bâtiments durables, bénéfiques à la fois pour l'environnement et les occupants. La section de Regina prévoit actuellement d'accueillir sa première conférence BuildGreen Saskatchewan à l'automne 2025. M. Abiola est le président de l'équipe de planification.
« Nous mobilisons les décideurs politiques, les propriétaires et les constructeurs, les entrepreneurs et les universitaires. L'objectif est de briser les cloisonnements et de se rassembler. La dernière chose à faire en tant que professionnel du développement durable est de rester dans sa petite bulle; pour essayer de trouver des solutions, il faut trouver un moyen d'entrer en contact avec d'autres acteurs du secteur. »
M. Abiola accorde également la priorité au partage des connaissances, tant avec ses collègues du secteur du génie qu'avec ceux qui travaillent dans d'autres industries et domaines. Il a animé des webinaires pour l'Institut canadien des économistes en construction, en offrant une formation sur la quantification et l'évaluation du carbone pour les bâtiments, et il enseigne un cours en ligne à MIT sur la planification et l'exploitation des systèmes d'infrastructures durables, dans le cadre du certificat en gestion du développement durable.
« Notre compréhension des approches à faible émission de carbone évolue, et de nombreux praticiens ont encore du mal à dépasser les méthodes habituelles. Pour moi, pouvoir aider un nombre croissant de praticiens en quête de connaissances, pouvoir leur fournir de tels conseils, est une grande victoire en soi, car l'industrie a vraiment besoin d'eux. »
Continuer à faire croître et à soutenir les approches de construction durable
M. Abiola dit que parfois le travail qu'il accomplit avec d'autres dans son domaine donne l'impression de faire bouger les choses, mais qu'à d'autres moments, les défis semblent énormes. Mais en fin de compte, il pense qu'ils entraînent le changement.
« Si l’on considère la situation dans son ensemble et que l’on prend du recul, de façon générale, nous avons eu un impact. Nous avons orienté les projets dans des directions qui non seulement permettent aux propriétaires de réaliser des économies aujourd'hui, mais qui ont également un meilleur effet sur l'environnement... Je ne suis peut-être pas en mesure de résoudre le problème pour le monde entier, mais si je peux aider ne serait-ce qu'une seule personne, alors je pense que j'ai changé la donne. »
Son projet est de continuer à faire ce en quoi il croit : ouvrir des portes aux autres afin qu'ils puissent aussi faire la promotion d'approches plus durables en matière de construction, et partager les vastes connaissances et l'expérience qu'il a acquises tout au long de sa carrière.
« Le fait de pouvoir continuer à soutenir l'industrie est très important pour moi. J'adore le travail que j'y fais et je veux pouvoir former d'autres talents pour faire ce que je fais. C'est vraiment mon grand rêve. »
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