

Lorsqu’elle était enfant, Kristen Facciol, P.Eng., voulait être pédiatre, jusqu’à ce que son enseignante d’algèbre du secondaire lui fasse remarquer ses aptitudes pour les mathématiques et la physique et lui conseille de se tourner vers le génie. À l’époque, les informations sur les carrières d’ingénieur n’étaient pas aussi facilement accessibles qu’aujourd’hui, et Kristen pensait que les ingénieurs construisaient des ponts ou conduisaient des trains. Mais après avoir discuté avec son enseignante et d’autres personnes, elle a compris que le génie pouvait ouvrir la porte à de vastes et passionnantes occasions d’emploi.
Mme Facciol attribue à cette enseignante le mérite d’avoir déclenché l’incroyable carrière d’ingénieure qu’elle a menée jusqu’à présent, et elles sont encore en contact aujourd’hui.
« C’est elle qui m’a remis mon anneau de fer quand j’ai obtenu mon diplôme. Si je n’avais pas eu cette conversation avec elle, et si elle ne m’avait pas fait part de son point de vue et de son expérience personnelle, je n’aurais probablement pas envisagé cette voie. Je l’ai donc invitée à me remettre l’anneau, ce qui a permis de fermer la boucle. »
Ce petit coup de pouce a finalement conduit Mme Facciol à l’Agence spatiale canadienne, où elle est actuellement superviseure de la formation, Robotique de la Station spatiale internationale et de la station Gateway.
Trouver sa voie dans le génie aérospatial
Mme Facciol a étudié les sciences du génie à l’Université de Toronto parce que cette dernière proposait huit choix de majeures, dont le génie biomédical (un clin d’œil à son rêve passé de devenir médecin). Mais les cours d’aérospatiale et un projet de conception en génie robotique en deuxième année l’ont aidée à trouver sa véritable passion.
« J’ai toujours aimé l’espace. Ça m’a toujours intéressé. Je ne savais pas vraiment quelles options de carrière existaient à l’époque, mais ces cours m’ont montré que c’était quelque chose que je pouvais faire et un domaine dans lequel j’étais douée. »
Après avoir obtenu une bourse de recherche de premier cycle à l’Institut d’études aérospatiales de l’Université de Toronto (UTIAS), elle a commencé à travailler chez MDA Space à Montréal, une fois son diplôme en poche. C’était le seul emploi auquel elle avait postulé, en plus de candidatures à des programmes d’études supérieures et à l’ordre des enseignantes et des enseignants.
« Lorsque le premier projet sur lequel je travaillais touchait à sa fin, j’ai eu la possibilité de devenir sous-traitante intégrée à l’Agence spatiale canadienne, responsable du soutien technique des systèmes robotiques de la Station spatiale internationale. Et je me suis dit : “OK, c’est cool. Je suis encore au début de ma carrière. Je vais essayer’’. »
Alors qu’elle était encore sous-traitante, Mme Facciol s’est impliquée dans le programme de formation en robotique de l’ASC. Elle a découvert le poste de contrôleur de vol et a décidé d’en faire son prochain objectif.
« Je me souviens que j’ai dit au superviseur de l’équipe à l’époque : “Je vais travailler pour vous un jour" », raconte-t-elle. Ce jour est arrivé plus tôt que prévu, et après avoir rejoint l’ASC en tant qu’employée permanente, Mme Facciol a temporairement déménagé au Johnson Space Center à Houston, au Texas, pour suivre une formation de contrôleur de vol avant de retourner au Centre de contrôle de la robotique de l’ASC près de Montréal.
Direction d’opérations robotiques de pointe à la SSI
Le Canadarm2 est installé à bord de la Station spatiale internationale (SSI). Construit au Canada, ce bras robotique fait partie de la contribution canadienne à la station, le système d’entretien mobile. Il effectue des travaux d’entretien extérieur, déplace des charges utiles, aide à l’amarrage et assiste les astronautes lors des sorties dans l’espace. Le Canadarm2 utilise parfois Dextre, une « main » robotique également construite par le Canada, pour effectuer des tâches qui nécessitaient auparavant des sorties dans l’espace, comme la manipulation des unités de remplacement orbitales – des pièces situées à l’extérieur de la SSI qui s’usent périodiquement et doivent être remplacées.
Le travail de Mme Facciol en tant que contrôleuse de vol consistait à planifier, soutenir et exécuter toutes les opérations entreprises par le Canadarm2 et Dextre sur la SSI. Elle affirme que le meilleur aspect de ce travail était d’avoir été responsable de la robotique pour la phase 3 de la mission de ravitaillement robotique en 2018.
« Ce fut sans aucun doute le point culminant de ma carrière de contrôleuse de vol, car j’écrivais les procédures et je prenais des décisions sur la marche à suivre. Nous utilisions des systèmes robotiques de 20 mètres. Quand on pense au Canadarm2, qui s’accroche à Dextre, qui actionne ces petites interfaces en orbite pour prouver que nous pouvons ravitailler un satellite déjà lancé, eh bien il fallait penser à ce que nous pourrions avoir besoin de faire à l’avenir et faire ces preuves de concept était vraiment génial. Même lorsque nous rencontrions des problèmes et devions changer le plan en temps réel, faire partie de l’équipe et devoir résoudre ces problèmes était très amusant.
La science spatiale peut renseigner sur la santé humaine et l’améliorer, sur Terre comme en orbite
Après avoir été contrôleuse de vol, elle a supervisé l’équipe chargée des opérations de charge utile, qui aide les astronautes à mener des expériences scientifiques dans l’espace afin d’examiner les effets de l’environnement de microgravité sur le corps humain. Selon elle, les recherches menées dans l’espace peuvent avoir des implications pour ceux d’entre nous qui restent sur Terre.
« Ici, sur Terre, nous avons une population qui vieillit de plus en plus, qui est de plus en plus sédentaire, et nous devons trouver des moyens d’atténuer cela. Donc, ce que vous verrez chez ce type de population est très similaire à ce qu’ils vivent dans la SSI en ce qui concerne la façon dont leur corps s’adapte. »
Nombre de ces expériences sont axées sur la santé cardiovasculaire, et visent à déterminer comment le système cardiovasculaire humain s’adapte dans l’espace et ce qui peut être fait pour atténuer les effets négatifs, à la fois pendant l’orbite et une fois que les astronautes sont de retour sur Terre.
« La seule raison pour laquelle nous pouvons mener ces recherches est grâce aux contributions [du Canada] à la SSI sous la forme de ces systèmes robotiques. Cela nous donne l’occasion de mener ces recherches scientifiques et d’utiliser ensuite les connaissances acquises ici, sur Terre. »
Entrée dans le rôle de superviseure de la formation
Mme Facciol a récemment assumé un nouveau rôle en tant que superviseure de la formation pour tous les programmes de robotique de la SSI et de la station Gateway en orbite lunaire, dont la mise en service n’est pas prévue avant 2029. Une grande partie de ce travail consiste à développer un tout nouveau programme de formation pour le Canadarm3, qui sera attaché à Gateway.
« Ce qui est bien avec le Canadarm3, c’est que le Canada est désormais entièrement responsable des opérations et de la formation, et le fait que je puisse diriger l’équipe pour y parvenir est vraiment génial. »
Elle affirme que c’est un défi de taille que de construire un programme de formation complet à partir de zéro, en particulier en ce qui concerne le juste équilibre entre l’intégration des leçons apprises de la SSI et l’innovation au fur et à mesure de leur progression.
« Plutôt que de dire : « Eh bien, nous allons faire comme ça parce que nous avons toujours fait comme ça », c’est l’occasion pour nous d’améliorer les choses. »
Quelle est la prochaine étape ?
Mme Facciol n’aime pas trop se projeter dans l’avenir, mais elle dit qu’elle aimerait voir le Canadarm3 atteindre sa phase opérationnelle et au-delà avant de passer à d’autres projets.
« Il y a de nombreuses possibilités d’utiliser ce que nous avons appris lors de la formation sur ce programme et de l’étendre à d’autres programmes. Nous avons des missions Rover à venir, et nous aurons également d’autres initiatives. Donc, que je reste impliquée du côté de la formation ou d’une autre manière, j’aimerais en faire partie. »
Mme Facciol reste également passionnée par l’enseignement. Elle aimerait développer cet aspect de son travail à l’avenir et servir de modèle à ceux qui se lancent dans le génie aérospatial.
« Je pense qu’il est vraiment important d’avoir ces exemples concrets. Je ne pense pas en avoir eu autant que je l’aurais souhaité quand j’étais plus jeune, et je pense juste que ce serait vraiment bien de rendre cela à la communauté d’une manière ou d’une autre.
« Si vous ne le visualisez pas, vous ne pouvez pas le devenir. »
L’ultime clé de son succès a été une préparation minutieuse et méthodique dans tous les aspects de sa carrière.
« Souvent, dans ma vie, je me suis dit : “Oh, j’ai tellement de chance d’avoir fait ceci ou cela.’’ Mais je dois aussi reconnaître que la plupart du temps, je me préparais à ces étapes possibles. J’ai eu de la chance en ce qui concerne le moment où ces occasions se sont présentées. Mais j’ai aussi essayé de m’assurer que toutes les pièces du casse-tête étaient en place au cas où elles se présenteraient... On ne sait pas toujours quelles portes vont s’ouvrir devant nous. »
Chaque fois que ces portes apparaîtront et où qu’elles mènent, il est clair que Mme Facciol sera plus que prête à les ouvrir et à les franchir – et à les laisser ouvertes pour ceux et celles qui suivront.
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